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L'U.A. perd en vitesse ! Suite à l'attaque dans la forêt durant l'examen de la licence provisoire, le public commence à perdre confiance en la plus grande école des héros. En conséquence, un internat a été mis en place et la licence accordée aux élèves.

Suite a cette fameuse réussite, la ligue commença à encore plus se faire connaître !

Les vengeurs, malgré la perte d'un membre, continue néanmoins sa lutte.
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 A force de fumer, je suis devenu cendre • Esther D. Leblanc

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MessageDim 25 Mar - 23:26
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• Nom : Leblanc par son père, Benedetti par sa mère.
• Prénoms : Esther, Douce.
• Surnom : Le peu de gens connaissant son deuxième prénom l'appellent par.
• Age : Trente-quatre ans
• Sexe : Féminin.
• Groupe : Héros. Trader sur son "temps libre".
• But : Passer le temps.
Alter de type activation.
Smoke shaping :


Capacité à façonner la fumée, sous-entendant une forme de "contrôle" sur ce pseudo élément. Plus que de simplement produire elle-même ladite fumée (s'exfiltrant par les pores de sa peau), elle est également capable de lui donner une forme de son choix. La fumée garde ses propriétés, impossible pour elle de la solidifier, mais ne vous laissez pas leurrer : c'est bien assez dangereux ainsi.

Jeudi, 6h00. C'est la parade nuptiale du radio-réveil.

“ Bonjour, oiseaux matinaux de Musutafu ! Vous êtes bien sur J-Radio, il est six heure du matin, le temps est couvert et la météo prévoit de la pluie pour la majeure partie de la journée. N'oubliez pas vos parapluies !  ”

Ses longs doigts, fins, paisibles comme des araignées dressées, tapent d'un léger coup le bouton au haut de l'appareil. Et c'est le silence, pour quelques secondes seulement, avant que la musique ne se lance. Ses lèvres pulpeuses, à la teinte hésitant entre le rose et le rouge, se pressent entre elles alors que sa voix roule dans sa gorge pour accompagner l'air qui se joue en arrière-plan. Quelques paroles se frayent un chemin entre les lippes qui bientôt s'entre-ouvrent pour de beaux mots, prononcés par une voix calme et profonde, de velours. C'est là le sentiment que dégage la silhouette bientôt libérée par l'abandon d'une longue chemise de nuit en soie blanche : quelque chose de charmant, exotique, si ce n'est hypnotisant dans sa fragilité. Car, bien que la beauté soit une arme à part entière, elle ne possède que celle-ci, la force brute n'étant pas au rendez-vous.

Le tissu pourlèche les courbes voluptueuses qui se dandinent sur la musique tranquille, puis s'écroule comme tué par cet abandon, jonchant alors mollement le sol. C'est ainsi que les choses se finissent toujours : tout meurt, à ses pieds, baisant ses adorables orteils. Elle s'étire vers une commode d'ébène finement sculptée, et ouvre le premier tiroir pour frôler du bout des doigts les sous-vêtements. L'élégance l'emporte ce jour encore sur la douceur, et le tout enfilé, elle reprend son jeu de jambes comme si ce choix ne l'avait en rien sortie de l'ivresse de la tranquille solitude matinale.

Sa silhouette reprend d'évoluer dans ce cadre, en contre-jour de la lumière de l'extérieur perçant si difficilement entre les persiennes. Les ombres, projetées, étirées comme pour l'atteindre, se perdent en venant enfin la rencontrer, assombrissant sa peau au teint de pêche et elle jette, tout en lenteur, les bras au-dessus de sa tête en tournant sur elle-même. Emportée, elle se hisse sur la pointe des pieds dans le mouvement, balançant des hanches prononcées de droite à gauche pendant que ses bras, mains aux ongles à la parfaite french manucure dessinant des cercles dans l'air alourdit par l'odeur de cigarette froide, redescendent en chœur avec les talons rejoignant bien vite le sol tiède. Et le voile de ses paupières vient un instant recouvrir les iris au bleu pâle feignant le gris métallique sous certains éclairages, alors qu'elle se fend d'un sourire.

Elle dessine un chemin de notes, les pieds l'emmenant en dansant jusqu'en face de son dressing. Et dans un rire cristallin, elle vient poser sa hanche droite contre la porte coulissante pour la pousser du bassin. Les ombres s'étirent encore, jouant avec les lumières faibles qui viennent rouler sur les couleurs des vêtements pendus. Les longs cils se quittent, cruellement séparés par ses yeux se rouvrant pour parcourir robe après robe, tailleur après tailleur. Du rouge, du bleu, du gris, du blanc et du noir. Jamais la moindre couleur lui sautant aux yeux plus qu'une autre, tout est équilibré et rangé par précision, de nuance en nuance.

A nouveau, ses doigts partent à la recherche de la satisfaction, et effleurent les tenues les unes après les autres. Jusqu'à ce que son cœur retrouve cette sensation d'envie chez une robe de tailleur noire, sans manches, récemment ajoutée à son impressionnante collection. Elle se glisse dedans, la matière au toucher agréable venant recouvrir et épouser chaque centimètre de peau dont le postérieur travaillé malgré son aspect naturel, puis se met à l'aise, sa poitrine joliment développé surveillée par un fin sourcil haussé, dans une expression amusée. Un vague regard chute sur ses genoux découverts, et elle replace soigneusement la fente du vêtements donnant une vue sur l'intérieur imprimé d'arabesques rouges.

Cette belle association de corps et de sophistication industrielle se dirige alors vers la salle d'eau, la propriétaire de cette enveloppe parfumée d'une odeur de madeleine souhaitant à présent obtenir justice sur son visage. En se plantant devant le miroir, elle allume les spots l'entourant, et scrute son grain de pain entretenu à l'aide de quelques crèmes aux ingrédients offerts par Gaïa, mère de toute vie. Le matin, elle promène partout avec elle une fragrance de miel, d'abricot, un mélange surpassant la madeleine jusqu'à disparaître vers le milieu de la journée, fait expliquant l'absence de parfum artificiels parmi les flacons sur les étagères accrochées au mur près d'elle.

Enfin, ses deux perles bleutées viennent toiser la masse de filaments blonds ornant son crâne. Cascadant sur ses épaules et chutant jusque contre sa poitrine, ils l'agacent de quelques mèches plus sombres, plus claires, agrémentant la crinière blonde de reflets châtains, témoins de ses racines françaises et italiennes. Son regard remonte, s'arrête sur ses sourcils, et l'agacement gagne en ampleur, marqué par le pincement plus franc de ses lippes l'une contre l'autre. Ces traits de poils, bien que toujours minutieusement épilés, sont plus sombres que la majeure partie de ses cheveux. Ne semblant cependant pas vouloir s'attarder sur ce fait, ses frêles épaules rondes se soulèvent toutes deux dans un même mouvement nonchalant.

Elle reprend alors de chanter malgré ses lèvres fermées, suivant les notes de la guitare acoustique s'élançant vers elle depuis la pièce d'à côté, et s'affaire à se maquiller. Un peu de couleur sur les paupières, le smoky eye lui allant à merveille, une pointe de blanc au coin internet de l’œil pour l'ouvrir... Et le mascara vient souligner, approfondir, ce regard de biche. Les gestes sont précis, lents mais assurés, jusqu'à ce qu'elle en vienne à avancer les lippes recouvertes d'un fin passage de rose à lèvres quelque peu orangé, son petit doigt droit venant terrasser les imperfections éparses laissées par le bâtonnet. Un dernier coup de poudre, et le tour est joué.

Un dernier regard, confiant, sur le tout, et le sourire lui revient, arrondissant les joues formant un visage aux traits trahissant le passage à l'âge adulte. Cette femme, dans la glace, n'a plus rien d'une enfant ou d'une jeune fille, elle a le regard trahissant la connaissance et l'expérience. Sa paupière gauche s'écrase contre sa rangée de cils bas, dans un clin d’œil complice qu'elle s'offre, loin de perdre le nord sur sa joliesse.

Sa main s'attarde un instant sur le rebord du lavabo, le longeant avant de s'en défaire dans un semblant de caresse désinvolte. Revenant s'offrir au piano chantant encore dans sa chambre, elle se glisse près de la fenêtre et écarte les persiennes. A présent, la tranquillité touche à son terme, comme toute bonne chose se doit de mourir un jour. Un coup d’œil en contre-bas, sur la rue dans laquelle passent quelques travailleurs moroses, et son masque d'indifférence revient protéger son visage angélique. Un visage d'archange de la force, très certainement.

Le courant d'air vient gonfler ses poumons et, en s'éloignant, elle attrape une paire d'escarpins louboutins pour y glisser ses pieds, non sans rêver déjà de les retirer en rentrant le soir. Sa voûte plantaire, courbée, râle de cette nouvelle journée d'effort tout en tentant de se caler de son mieux et, tirant légèrement la chaussure droite du bout des doigts pour l'aider à se positionner dedans, la blonde laisse échapper un soupir. Ce ne sont pas les chaussures, le plus triste.

Son trench coat beige enfilé et cachant ses vêtements pour la préserver du vent, ses doigts se referment sur la hanse de son sac à main pour le soulever et le laisser sur son épaule. Plein de papiers, dû à son travail, mais également du nécessaire de vie minimum d'une femme, elle ignore son poids en jetant un dernier regard à son sanctuaire. La musique la retient, alors que l'une de ses mains s'est déjà posée sur la poignée de la porte. Et, comme une enfant, elle attend la fin du titre pour s'enfuir.

En descendant bientôt les escaliers de son immeuble par horreur de la paresse de l'ascenseur lorsqu'elle n'est pas accompagnée, elle tire son sac vers son buste, et en extirpe son parapluie. Le frappement de ses talons sur le sol lisse des marches porte sa détermination, la robustesse dissimulée sous le balancement suave de ses hanches à chaque pas. Une voix se glisse à ses oreilles, rauque, et elle tourne la tête, son sourire demeurant aux abonnés absents. Sa voix, plus plate que lors de sa session secrète de chant, elle répond au "bonjour" de son voisin, et emmène son mètre soixante-soixante-quinze hors de sa vue en se glissant hors du hall, rajoutant ainsi une nouvelle personne morose dans ses rues détrempées par les sanglots des cieux.

Jeudi, 16h55. La pluie s'est arrêté.

La Bentley s'arrête, "soigneusement" garée en travers d'une place de parking. Si son appartement est toujours si bien rangé, le reste ne mérite pas cette attention. Une portière s'ouvre, affrontant une bourrasque de vent venant s'écraser contre la chevelure blonde de la femme s'extirpant du véhicule. Ses lèvres se pincent, ses sourcils se fronçant par agacement sous un nouveau souffle du monde. Elle installe d'un geste vif ses clés et ses lunettes de vue et leur étau dans son sac puis claque la portière avant de s'en éloigner. Plutôt mourir que d'être vue avec des lunettes sur le nez, lassée des plaisanteries de mauvais goût sur ce détail. Ses pas, rapides, frappent avec empressement le bitume. Le quartier n'est pas fameux, mais y en a t-il vraiment encore dans lesquels se sentir parfaitement en sécurité, avec les crapules pullulant ? En s'engouffrant dans un bâtiment, après avoir sonné à l'interphone, elle monte les quelques marches qui mènent à la salle d'attente. Là, une autre personne lève vaguement la tête d'un journal froissé pour la saluer d'un clignement de yeux et inclinant la ligne du menton.

Elle s'installe dans un siège, ramenant vers elle son avant-bras droit, peau fine tournée vers ses yeux, pour observer la progression de l'aiguille de la montre sur son poignet. Deux minutes d'avance. L'envie de sourire la saisit, avec la pensée que, bien sûr, elle n'est pas en retard. Elle ne l'est jamais. Le sablier du temps s'écoule, dans un coin de son esprit, alors que le reste de ce dernier est occupé à réfléchir aux fluctuations de la bourse que son téléphone portable lui indique. Et bientôt une voix, proche, lui fait lever les yeux.

“ Vous pouvez y aller, madame. Monsieur Sato vous attend dans son bureau. ”, lui lance la secrétaire/réceptionniste avec un sourire purement commercial.

Il ne vient même pas l'accueillir pour l'inviter dans son bureau, comme si elle était indésirable mais acceptée par dépit. Un remerciement, comme un bonjour lancé sans véritable attention, et la métisse se lève pour se glisser dans le couloir au sol recouvert d'une moquette étouffant le bruit de ses talons. Dans ce couloir, quelque chose l'agace. Peut-être l'absence de bruits, ce silence créé par l'Homme qui pourtant ne le supporte pas. Sa main se pose rapidement sur la poignée de la porte placardée d'un "Dr. Yosahuri Sato, psychologue", et elle l'abaisse pour pouvoir se glisser dans la pièce. Une rapide œillade pour vérifier ne pas déranger l'occupant, et elle s'avance en refermant la porte derrière elle.

“ Bonsoir, docteur. ”, prononce sa voix enchanteresse à l'encontre de l'homme aux cheveux de jais et aux yeux bridés.

Deux trous, comme des morceaux de charbon. C'en est effrayant, à quel point il est impossible de lire dans ce genre de regard. En comparaison, ses yeux sont des livres ouverts. L'éclat trahit la valeur.

“ Bonsoir, madame Leblanc. Je vous en prie, asseyez-vous donc. ”

Sa main se soulève, et indique, tout doigts collés, une chaise près d'une lampe sur le côté du bureau au bois chocolat. Sans attendre d'autre signal, elle vient donc s'installer en se débarrassant du trench coat qu'elle abandonne sur son dossier, son sac à main posé sur le sol à côté d'un pied de la chaise. En relevant la tête, après avoir passé son téléphone portable en silencieux, elle croise son regard. Un regard vide, bien que trop curieux pour ne pas glisser en elle un soupçon de malaise. Il cherche à voir, à percer sous la carapace, détaillant jusqu'à son port de tête, sa posture sur la chaise. Mais elle ne se dégonfle pas pour autant, et bombe légèrement le poitrail en croisant les jambes, ses mains venant soigneusement remettre en place le bas de sa robe serrée.

“ Avez-vous réfléchi à notre précédente conversation ? ”

Comme chaque jeudi soir. Les perles bleus se voilent légèrement, rendues ternes par l'ennui profond qui gagne l'héroïne. L'index de sa main gauche tapote, discrètement, contre les phalanges de sa main droite, un détail que le doctorant ne remarque par chance pas de par la présence du bureau entre eux. Un bureau vaguement bien rangé, parsemé de dossiers, de papiers, de crayons de bois et de stylos. La blonde soulève une main, en se penchant vers l'avant pour se rapprocher du support, et attrape les différents crayons et stylos pour les remettre correctement dans le pot carré, d'un vert lui rappelant les feuilles des arbres à l'ombre.

“ Je l'ai fait. ”, répond t-elle. Rien de plus, rien de moins.
“ Et qu'avez-vous conclu ? ”

Une inspiration, vive, comme un sifflement aspiré.

“ J'en ai conclu que vous prenez plus souvent le temps de juger ma vie plutôt que de l'analyser. ”
“ Juger ? Mais personne ne vous juge ici, madame Leblanc. Votre avis est bien tranchant. ”

Tranchant. Le mot coupe ses lippes en s'en extirpant. Qu'y a t-il de mal à être "tranchant", à dire les choses comme elles sont ? Faut-il toujours se donner la peine, bien inutile d'ailleurs, d'enjoliver la vérité ? Qu'elle soit belle à voir ou non, la vérité reste la vérité. La blonde soulève sa main gauche, et la tend vaguement vers l'asiatique, d'un air interrogatif.

“ Tranchant. L’utilisation de ce mot en particulier ne serait-elle pas plus problématique que ma phrase, bien innocente d'ailleurs ? ”

Sa main retombe. Et avec elle, la mâchoire du nippon se cramponne. Les secondes tombent à nouveau dans le vide, alors que l'homme se redresse dans son siège en posant le stylo s'affolant auparavant sur un calepin aux pages déjà nombreuses à être utilisées. Il sait qu'il ne gagnera pas, à jouer sur les mots avec elle. Il n'ignore pas que s'il l'agace, passé à certain cap, elle réunira ses affaires et plaquera la séance purement et simplement.

“ Bien. Ne nous égarons pas, si vous le voulez bien. ”, finit-il par répondre, le ton de sa voix trahissant si discrètement l'embarras d'être à nouveau dans cette pièce avec elle.

Nous. L'héroïne pour sa part découpe la phrase, et c'est ce mot qui lui saute au visage. "Nous", comme s'ils étaient deux dans cette affaire à y perdre. Tout deux perdent leur temps, c'est certain, mais la belle perd, par-dessus le marché, également son argent. Comment peut-il alors dire "nous" ? Je ne joue pas dans la même équipe que vous., brûle sa langue. La femme faisant face au nippon n'a jamais aimé les jeux d'équipe, toujours ralentie par ceux inaptes à égaler son niveau. Qui plus est, qui penserait pouvoir jouer avec une telle beauté ? Il y en a bien un, mais il s'y est brûlé les ailes.

“ A notre précédente consultation, vous aviez parlé de votre ancien compagnon. Et de votre envie lancinante de le recontacter. Où en êtes-vous, aujourd'hui ?  ”

Quand on parle du loup. La blonde tourne la tête sur le côté, d'un air ennuyé. Peut-être ? Peut-être pas ? Oui, finalement. Pourquoi pas, après tout. Son visage revient vers celui de l'homme au teint pâle, et elle ferme les yeux en lui répondant, la voix poussée par les soupirs.

“ Je ne l'ai pas fait. Bien que j'ai mit un terme à notre relation précipitamment, je pense avoir fait le bon choix. ”

Il saute sur la phrase, et la dévore goulûment. Avec un temps de retard, ses défenses légèrement abaissées par ce sujet cher, la sulfureuse créature rouvre les yeux et vient les jeter sur son opposant. Cette phrase était mal choisie. L'homme précipite alors ses mains dans sa poitrine, venant saisir métaphoriquement ce cœur affaibli.

“ Vous pensez, ou en êtes-vous sûre ? Vous semblez attachée à cet homme. ”

Attachée. Cette fois-ci, le mot frappe fort. Le sourcil droit de la voyageuse fortunée tressaute, avant qu'elle ne reprenne le contrôle. Ces séances interminables, toujours insupportables dès le début, n'en finiront jamais. Et les attaques indirectes non plus, l'homme cherchant encore à saisir son essence pour pouvoir la coucher dans son calepin et appeler ça une journée.

“ Vos mots sous-entendent bien des choses, docteur. Mais, effectivement, je suppose que dire que j'y suis attachée est relativement approprié. Attachée, comme un chien abandonné près d'un poteau ”, lance t-elle, marquant une pause avant de reprendre.“ Pourtant, je suis celle qui a laissé l'autre sur le bord de la route. ”

A nouveau, ses lèvres se pincent. Le battement de son cœur, prit en otage entre les mains du psychologue, frappe à grands coups. "Le" concernant, elle cherche toujours à enjoliver les choses. Elle décrit de grands mots de petites choses, des choses qu'elle a admiré. Dans son ton, elle laisse voir bon gré mal gré que, plus que d'y être attachée, elle l'a aimé.

“ Pour autant, je suis une femme qui sait ce qu'elle veut. Je ne reviens jamais sur mes décisions. ”

Quand elles ne le concernent pas. L'a aimé... et l'aime encore.
Parce qu'avec lui, les choses étaient belles. La vie, tâchée par les défauts qu'elle a toujours maudits, paraissait plus insolite. Le bureaucrate devant elle ne comprendrait pas ce qu'ils sont l'un pour l'autre. La porte est fermée, mais pas verrouillée. Qu'elle l'avoue ou non, la métisse sait qu'elle lui appartient, comme elle a en échange laisser son emprunte sur lui. Probablement a t-elle, en partant, laissé son cœur sur l'oreiller recouvert de mèches rousses. Après tout, il n'y a que lui pour savoir allumer la flamme et survivre à la fumée.

“ J'aime simplement le perdre. C'est la seule chose qui trompe mon ennui. ”

C'est plus que ça. Mais elle ne souhaite pas continuer sur cette voie. Le sujet est une carte retournée, à présent, un arcane de tarot caché. Le brun se r-installe dans son fauteuil, en la regardant. Lui seul sait ce qu'il voit en elle, ce qu'il lit dans cette apparence de femme fatale, pourtant le geste nerveux qu'il exécute en remettant ses lunettes en place sur son nez démontre son intérêt. Il cligne si peu des yeux. Comme s'il se forçait à ne pas le faire. Il observe, dévisage presque, oubliant l'anneau argenté trônant à son annulaire. En sentant ce regard oppressant s'écraser contre elle, la blonde fronce les sourcils. Il se joue de sa maîtrise d'elle-même, plus facilement ébranlée qu'elle ne voudra bien l'avouer.

“ Votre ennui, madame, comment persiste-il avec la vie que vous mener ? Vos deux emplois vous gardent sur le qui-vive. Avez-vous pensé qu'il pourrait s'agir d'une façon de vous retourner contre l'éducation que vos parents vous ont donné ? Comme une forme de rébellion. ”

Le mot "rébellion" cherche à titiller son tempérament explosif, destructif, au nom de son amour inconditionné pour l'anarchie. Mais ça n'a rien à voir avec son éducation. Elle le regarde, le décrypte à son tour. Sa main droite remonte, remet en place une longue mèche ondulée, alors qu'elle s'éclaire la voix pour lui répondre. Encore une fois, le timing n'est pas idéal.

“ Rhm. Je n'ai rien contre l'éducation que mes parents m'ont donné. J'ai comprit très tôt comment tournait le monde, et quelle était ma place dans son système. Je suis simplement ennuyée de vivre. Pas vous ? ”

Il hausse un sourcil, derrière la monture épaisse de ses verres. Il paraît hésité à répondre, pourtant sa réponse est toute choisie. Une femme, certainement des enfants. Pourquoi regretter cette vie-là ? Comment ne pas l'aimer ? Pourtant, c'est ce genre de vie qui ennuie le plus la métisse. En se penchant, elle se saisit de la hanse de son sac pour venir le poser sur ses cuisses, signe qu'elle est prête à partir. Ça n'a que trop duré, sa patience, consumée et outrageusement consommée, arrive en rupture de stock.

“ A une époque, docteur, les humains n'avaient pas d'alters. Nous étions tous identiques, tous faibles. Et, comme vous ne l'ignorez certainement pas : Les Hommes se déchiraient déjà. Pourtant, j'aurais aimé vivre cette vie-là. ”, lui lance t-elle en parfait contrôle ses mots.“ Maintenant pour les gens comme moi, qui comprennent, il ne reste plus que la passion de l'incompréhensible. D'où mon métier. ”

Elle se relève, lentement, emmenant de sa main de libre son manteau quand l'autre glisse son sac sur son épaule. L'idée de devoir repasser par le couloir du silence lui fait fermer les yeux dans un énième soupir imperceptible, alors qu'elle donne le dos au psychologue. Il se lève, un peu vivement, pour venir lui tendre la main. Mais elle ne lui rend pas le geste. Personne ne la touche. Personne n'a ce droit. Personne sauf ce "lui", qui n'en profite à présent plus.

Ses pas la ramènent près de la porte, qu'elle entre-ouvre, alors que l'homme feuillette dans la hâte les feuilles de son agenda pour lui proposer une date. Elle hausse un sourcil à son tour face à ce comportement inhabituel, puis la voix à l'accent japonais parfait explique.

“ Je serai malheureusement indisponible jeudi prochain, madame Leblanc. Peut-être pouvons-nous convenir d'un rendez-vous mardi, ou vendredi ? ”

Elle se fend d'un sourire provocateur, et lui envoie ce regard à nouveau plein de confiance. Elle a résisté. Aujourd'hui non plus il n'aura pas réussi à percer la carapace, seulement à entrevoir les couleurs au-dessous.

“ Laissez-moi un message quand vous aurez le jour, docteur. De votre temps ou mon argent, je vous laisse réfléchir auquel s'épuisera le premier. ”

Sa silhouette disparaît derrière la porte qui se ferme sans bruit. C'est alors le couloir du silence. La blonde ferme les yeux, en soupirant profondément tant que personne ne la voit. Décidément, le silence n'est pas le fort de l'humanité, même quand elle tente de l'imiter.

Jeudi, 21h42. Les volutes de la fumée dansent. Son "élément".

La brise, froide, mord légèrement la peau de la blonde exposée à sa présence, installée sur son balcon. Ses coudes douloureusement appuyés sur la rambarde de fer, un bâtonnet de nicotine tient dans un équilibre précaire entre ses lippes pulpeuses, et ses yeux fixent un point quelconque, par-delà l'horizon à peine discernable entre les immeubles. Il est tard. Il n'y a plus que quelques âmes, en bas, dans la rue. Mais c'est bien le moment de la journée qu'elle préfère. Ses paupières viennent voiler les deux perles bleues, comme pour les protéger du courant d'air venant fouetter sa pommette droite en passant. Ses cheveux suivent légèrement le mouvement, et elle se redresse pour se permettre d'une main de les repousser derrière son oreille d'un geste las.

Les journées sont toujours longues. Infiniment longues. La main ayant repoussé ses cheveux se réoriente pour venir extirper la cigarette de son baiser alors qu'elle souffle une profonde bouffée de fumée et rouvre les yeux pour l'observer se perdre à nouveau. Chaque matin est le même, chaque journée semblable à la précédente. A un tel point que, pour peu, la blonde pourrait voir l'avenir grâce à ce scénario toujours répété. Et l'ennui, une certaine humeur grise également, lui font jeter la cigarette à moitié consumée dans un pot de fleur à la terre sèche. Combien de fois a t-elle voulu s'occuper l'esprit en prenant des plantes ou poissons ? Mais rien n'y fait. La vie est toujours cette promenade, ce chemin pavé qu'elle ne connait que trop bien.

Un soupir s'égare hors de ses lèvres, et elle tourne les talons avec désinvolture pour revenir s'abriter dans l'appartement silencieux. De temps en temps, elle entend la voix d'Alban, son meilleur-ami, s'élever et s'adresser à elle ne sait trop qui. Probablement est-il au téléphone, à régler quelque affaire qui le passionne tant. Sa main paresse sur le bois des meubles, effleure la matière lisse comme à la recherche de la surprise d'une écharde. Mais jamais rien ne dépasse. Ses doigts finissent par allumer la radio, et la musique reprend place sur son trône, inondant la pièce dans une procession lente de notes. En s'asseyant au sol, dans une sorte de position du tailleur déformée par l'un de ses pieds à plat, ses bras entourant le genou plus haut, elle promène le regard sur les cartons jonchant le sol. Certains sont fermés, d'autres ouverts, tous sont marqués d'un côté sur lequel un "Souvenirs" est écrit dans une calligraphie exquise. Les lettres sont penchées, ornés de boucles ça et là, comme si cette écriture venait de l'époque des lettres manuscrites. Parfait. Trop parfait.

Ses doigts fins viennent ouvrir un carton, alors qu'elle pousse sur la jambe quelque peu levée pour se hisser plus haut et pouvoir surplomber l'ouverture. Des livres, des cahiers, ses mains cherchent sans trouver, encore et toujours. Jusqu'à ce qu'un éclat de verre se plantant dans les plis de l'épiderme de son index ne la fasse sursauter. Par réflexe, elle ramène ce doigt blessé vers elle, et l'observe d'un œil presque mauvais. Quelques paillettes recouvre l'extrémité écorché, lui faisant progressivement hausser un sourcil. Et bientôt, plus prudemment cette fois-ci, ses mains viennent déplacer livre après livre pour exposer le verre brisé. Des paillettes, et la minuscule figurine d'un escargot lui font ouvrir des yeux à présent surpris. Elle glisse à sa hauteur la base d'une boule à neige et retombe assise sur le parquet acajou. Pendant une poignée de secondes, la métisse ne fait que fixer l'objet brisé, comme s'il détenait tout le sens de la vie. Un cadeau, comme quelques autres, qu'elle n'aura pas eu la motivation de lui offrir. Pourquoi, après tout ? Lui faisait-il des cadeaux, lui ? Une main distraite retourne encore dans le carton, se balade entre les débris, et se saisit de l'escargot qu'elle positionne au centre du socle de ce qui avait été une boule à neige. Cet escargot lui va si bien.

La plaisanterie, cela dit, est amère. Ses lèvres se pincent, comme pour retenir l'envie de murmurer son prénom. Ce mot est une prison, comme un bordel dans lequel un pasteur se perdrait sans cesse, souhaitant retrouver dans l'horreur de ce qui n'est pas sa vie un semblant de... vie. Blaine, dans cette situation, serait sa favorite. La savoureuse créature exotique, atypique, qui gravite en d'autres sphères à son propre rythme. Il se fout de tout, vit parce qu'il le faut bien, parce qu'il n'y a rien de mieux à faire. Et pourtant, sa paresse allume chez elle une passion qu'elle ne contient toujours que de peu. Trois longues années, c'est le temps qu'ils ont partagé. Près de mille-quatre-vingt-quinze jours à danser, jouer l'un comme l'autre, gardant l'attraction vivante par la taquinerie. Tant de temps, mais pas un seul "je t'aime". Ses lèvres se séparent, laissant glisser l'air entre elles, un air aussi vite inspirer qu'expirer.

Il n'a jamais eut la force de faire autre chose. Jamais eut la motivation. Pour lui, la vie est ce long fleuve tranquille par le courant duquel il se laisse porter, alors qu'elle, pour sa part, rêve du tumulte des cascades. Il en a toujours été ainsi, d'aussi loin qu'elle s'en souvienne. Du jour de leur rencontre à celui de son départ. En levant les yeux au plafond, se laissant tomber sur le dos sur le sol, elle embrasse ces si précieux souvenirs. Des souvenirs qu'elle garde là, au fond de sa poitrine, pour que personne jamais ne vienne les y chercher. Le hasard. C'était l'oeuvre de la providence. Ce soir-là, il y avait si longtemps déjà, elle ignorait qu'elle resterait suspendue éternellement aux lèvres du libraire tenant la boutique dans laquelle elle s'était engouffrée sans la moindre conviction. Pourtant, chaque jeudi, elle y revenait, demandait un autre livre, quelque chose d'autre pour occuper son temps. C'était ses yeux, qu'elle cherchait, entre les étagères. C'était lui, qu'elle voulait lire. Il la conseillait, et chez elle les lectures s'amassèrent vite. Tant de livres, tous lus par attirance, puis désir et enfin amour.

Mais ces histoires ne font que se perdre dans le flot. La métisse fronce les sourcils face à sa propre faiblesse, insatisfaite de cette situation. Comme elle l'a toujours été. Chez eux, rien ne bougent. Il ne m'a jamais demandé de venir avec lui. A droite, à gauche, les gens se posent, s'installent, créent le futur. Mais Blaine regarde le présent, quand il ne s'égare pas à contempler le passé et comparer son existence à celle de son père. Elle n'aurait pas pu supporter ce comportement plus longtemps. Elle se redresse, pose le cadavre de la boule à neige, et passe nerveusement les doigts dans sa chevelure, l'y gardant pour les retenir alors qu'elle baisse la tête. Ce jour lui revient à l'esprit à son tour. Le jour où, sans le moindre mot, elle claqua la porte et ne revint plus jamais. Ce jour où la colère surpassa la douleur, et où elle trouva la force de partir à la recherche de son futur, sans lui.

La balafre est toujours présente, mais elle ne laisse personne la voir. Cet amour c'est un fruit empoisonné, et elle ne s'appelle pas Blanche-Neige. Ses yeux sont ouverts, jetés sur le parquet où son ombre somnole, parfois agitée par la régularité de sa respiration. Ce souvenir, elle s'en saisit à nouveau, en se levant, et prend la direction du placard près de son dressing. L'ouvrant vivement, d'un geste presque précipité, elle pose la boule à neige avec les autres souvenirs de lui, perdus dans d'autres cartons. Son nom n'est écrit sur aucun côté, aucune boite, comme un mot à ne pas prononcer. Tout ce qui est à lui, tout ce qui le résume dans le livre de sa vie à elle, est ici et y dort. Quand ses connaissances questionnent, prononcent ce nom à la fois tant aimé et détesté, elle détourne le regard et fait mine de ne pas se sentir concernée, répondant toujours aux "Tu as des nouvelles ?" par de froids "Il va bien". Elle le sait, quelque part. Pas besoin d'être à ses côtés pour savoir que Blaine se porte comme un charme, exactement à la même place que celle à laquelle elle l'a quitté. Il ne recule pas. Mais il n'avance pas non plus.

Laissant le carton ouvert, au bas du placard, sous les étagères remplies de produits ménagers aux couleurs diverses, elle referme la porte. Sa main, un moment, reste sur la poignet. Le temps semble suspendu, à nouveau. Dans son esprit le sable ne coule plus, le sablier est figé. Chez elle, père et mère attendent le signal. Ils espèrent toujours qu'un jour leur unique fille viendra leur présenter un mari, un homme digne de prendre la main de leur petite dernière. Au-dessus d'elle, ces deux frères ont trouvé le chemin, et suivent la tradition familiale : chirurgien et avocat de renommées, se querellant sans la moindre minute de repos pour l'héritage d'un paternel PDG. L'un comme l'autre, bien que si loin d'être réellement agités par la passion du monde de la finance, attendent avec impatience de récolter les fruits de l'arbre qu'est la société d'import-export' qui permet de garder demeures et domaines. Leur guerre, c'est celle des apparences. Un métier parfait, une femme parfaite, des enfants parfaits. La métisse ne joue pas à ce jeu-là. Le monde s'achète. Et c'est ce qui ne peut pas être acheté qui excite ses sens et fait battre son cœur de glace.

C'est ce désir ardent d' "autre chose" qui la poussa un jour à prendre le taureau par les cornes. Toujours scolarisée dans des écoles prestigieuses, et toujours reçue là-bas comme une très bonne élève, Esther opta pour se fondre dans la masse en choisissant de rejoindre finalement une école lui permettant d'accéder à un cursus héroïque. Entre les différents cours à domicile rendus obligatoires par le souhait de son père, philosophie, piano et bien d'autres, la blonde étudiait l'art et la manière de sauver des gens. L'art et la manière de se mettre en danger. Et diplôme en poche, elle ne tarda pas à quitter le territoire français pour rejoindre le Japon appelant au ralliement des héros de toutes terres pour la sauvegarde de son intégrité.

Sa silhouette tourne dans l'espace mal éclairé par un halogène faible, projetant une lumière légèrement jaunâtre sur les murs qui le paraissent alors également, et elle s'immobilise finalement, revenue près des cartons. La lassitude pourlèche les petits pieds nus, peinant à les escalader pour s'accrocher au tissu soyeux de sa chemise de nuit en satin, au blanc légèrement nacré. Ces boites, elle n'a pas le cœur à en faire le tri. Elle les pousse du pied, pour les caler contre un mur dans un coin, et se couvre d'un kimono court pour sortir de la pièce. En-dehors de sa chambre, la lumière du couloir agresse ses yeux habitués à l'obscurité. Elle plisse un moment les sourcils, cherchant à se faire à la luminosité prononcée, en prenant le chemin de la cuisine. Là-bas, son téléphone coincé entre la joue et l'épaule, Alban s'active à se préparer un café. Encore un café. Elle se glisse près de lui, et le pousse d'un coup de hanche amical en lui indiquant d'un mouvement du menton un tabouret haut près de l'îlot à la surface marbrée. La voix de son meilleur-ami, face à l'harmonie des notes se jouant encore dans sa chambre, lui paraît désagréable, presque irritante. Pourtant l'autre français a d'ordinaire une voix plaisante. En le regardant par-dessus son épaule, elle s'étend et ouvre un placard haut pour en sortir deux tasses.

La tasse à l'hanse tenue par sa main gauche, décorée d'un motif floral, elle l'observe un temps dans un moment d'égarement. Il s'agit de la tasse de Leah. Un nouveau soupir, véritable tornade miniature, et elle retourne la tasse à sa place pour en prendre une autre. Loin que l'idée d'utiliser celle de sa très bonne amie l'embête, mais c'est plutôt qu'elle ne voudrait pas que le brun en pleine conversation téléphonique la prenne. C'est un détail, un simple détail, mais la franco-italienne y tient sincèrement. Tout doit être à sa place, ici. Surtout depuis que l'autre jeune femme, suite à son accident, a perdu la mémoire. En posant les deux tasses blanches sur l'îlot, s'occupant alors de remplir le réservoir de la cafetière d'eau, elle repense à la jeune femme aux cheveux châtains, presque bruns. Un petit brin de dame, sa meilleure-amie. Ses perles au bleu presque métallique se perdent dans le vide, alors qu'elle marque une pause dans ses gestes. Elle n'aurait jamais cru regretter ses soirées, ces fois où cette sorte de petite-sœur l'avait traînée boire quelques verres dans un bar ou un autre. Pourtant, elle s'y était toujours plutôt bien amusé, ne l'avouant simplement pas clairement derrière les râles glissés entre les sourires complices.

A présent, comme un tableau sur lequel l'on aurait passé un coup de brosse, Leah ne se souvient plus de rien. La chute, son accident, tout a changé sa mémoire en une page blanche, vierge de tout récit. L'héroïne baisse la tête, se perdant dans le reflet trouble de son visage sur la surface de l'eau. Ses yeux, vidés par la douleur de ce sentiment de perte, clignent. Elle préfère s'illusionner du souvenir de son corps aux hanches se balançant sous les lumières criardes des néons, son sourire à l'éclat jamais noyé par la présence pourtant lourde des éclairages. Personne n'avait jamais su les séparer. Il n'y avait aucun homme, entre elles, pas la moindre âme capable de troubler leurs soirées "entre filles". C'était la vie qui avait mit à mal leur lien. A présent, tant bien que mal, la blonde recrée ce passé, dessine les contours incertains du futur. Dans cette personne comme tout-à-fait différente, elle cherche à tâtons l'amie si précieuse qu'elle a toujours protégé, veillé.

Le son parasite de la cafetière se mettant au travail la décroche finalement de ces autres souvenirs. Et, en venant se poser à son tour sur un tabouret près de l'îlot, elle passe minutieusement une main contre pour amasser les miettes d'une viennoiserie dévorée par son meilleur-ami, avant de se pencher presque dangereusement sur son support pour les jeter. Ses cheveux glissent à nouveau, caressant ses joues et ses lèvres, et elle les repousse encore en se redressant, observant vaguement le français aux yeux fins et peu expressifs débattre avec son interlocuteur. Une rapide œillade vers elle et, pour lui signaler que cet appel s'éternise, elle tapote de l'index le dos du poignet de son autre main comme si elle indiquait une montre inexistante.

Bien qu'ils vivent ensemble, tout deux ne font généralement que se croiser. Alban, venu la rejoindre au Japon depuis la France, semble mettre un point d'honneur à passer du temps avec elle. Et bien que cela ne la dérange pas spécialement, ces moments "privatifs", en toute amitié, s'achèvent souvent prématurément. Pour autant, ils ne s'en tiennent pas rigueur, très habitués à ce rythme de vie particulier. Le regard, curieux, de la blonde se promène sur le dos du brun alors qu'il descend de son tabouret et se tourne pour aller poser son téléphone dans un coin. Elle suit les lignes visibles de ses omoplates, plus par ennui qu'autre chose, avant de le relever vers le visage qui lui revient quand il se retourne à nouveau. Machinalement, elle se penche fortement au-dessus de l'îlot, s'y couchant presque, pour étendre les mains et venir remettre en place un bouton de la chemise noire de l'autre héro.

“ Tu es encore débraillé, Al'. ” 

Plus basse que lui, elle jette sur lui un regard plein de questions alors qu'elle discerne chez lui le mouvement de sa mâchoire qui se serre. Et saisit. Ne se décomposant pourtant pas, l'héroïne se laisse retomber sur son tabouret et remet en place le kimono court dont le nœud a l'avant n'est jamais fait. Ces deux-là se sont vu grandir. Amis depuis l'enfance, le paternel de la française très intéressé à l'idée de lui trouver très tôt un futur fiancé, ils ont toujours passé énormément de temps ensemble, ayant même toujours été dans les mêmes écoles privées. Et, loin d'être aveugle, la blonde a toujours comprit les sentiments que son ami nourrissait pour elle, sans toutefois jamais songer à les lui rendre. Bien qu'elle l'apprécie énormément, elle ne ressent qu'un amour parfaitement platonique à son égard, une situation s'étant révélée particulière à de nombreuses occasions.

Bien que le français soit très bel homme, un bon parti, et plus appréciable encore un héro doté de jugeote, il semble que le courant n'est jamais su passer, depuis un baiser innocent dans leur jeunesse. Par le passé, en invitant Blaine à plusieurs reprises à venir dans cet appartement dans lequel elle héberge également le brun, elle avait espéré lui faire passer le message que cet amour ne connaîtrait pas d'éclosion. Mais rien n'a semblé y faire. Et à présent qu'elle se retrouve célibataire, il s'évertue à la retenir lorsque le roux lui manque. Sur ce point, elle le trouve moralisateur, bien que comprenant l'aspect protecteur des choses. Un aspect qui n'est toutefois pas désintéressé, elle n'est en rien dupe.

Et ses yeux roulent vers le ciel, en pensée seulement cela dit. Continuer à faire comme si elle n'avait rien remarqué semble être la seule manière de retenir les sentiments de son meilleur-ami, de le préserver du malheur qu'est l'amour qu'il lui porte. La cafetière s'arrête, le son vrombissant prend fin. Et en se tournant, elle s'étend à nouveau pour remplir les deux tasses récupérées. Faisant glisser lentement, poussée par le bout de ses doigts, la tasse de l'autre français, elle baisse le regard vers sa grosse faïence, contenant le flot presque noir et légèrement mousseux. En la hissant à sa hauteur, elle souffle doucement sur la surface, l'agitant de vagues se poursuivant jusqu'à s'écraser contre les rebords, et la chaleur contre sa paume refermées sur le récipient fait naître sur ses lèvres un sourire simple. A nouveau, la sonnerie du téléphone portable brise le silence, mais le brun l'ignore pour le bien de sa meilleure-amie. Peut-être pour s'en rapprocher, profiter de leur tête-à-tête amical. Pourtant, ennuyée, la blonde porte d'une main la tasse en descendant de son tabouret, agitant l'autre paume dans l'air pour lui signifier qu'il peut prendre l'affaire puisqu'elle va faire autre chose. Et ses pas la mènent à nouveau à sa chambre, puis sur le balcon. Une drôle de vie : trop calme pour elle, trop agitée pour les autres.

Le vent glisse sur son visage alors que, se penchant en avant, la métisse retourne ses coudes contre la rambarde de fer à la surface légèrement crépie. Les imperfections blessent son épiderme sensible, mais elle n'en prend pas note pour autant alors qu'elle lève le nez vers le ciel sombre. En ville, il y a trop de lumières pour qu'elle puisse apercevoir les étoiles. Aujourd'hui n'est que l'hier de demain., songe t-elle en venant s'abreuver d'une gorgée du liquide encore légèrement trop chaud. La brûlure picore sa langue, une esquisse de grognement s'enfuyant d'entre ses lippes pincées par la contrariété. Mais demain je ferai quelque chose de nouveau. Ils peuvent bien s'endormir sur leurs lauriers, moi je vais vivre jusqu'à en crever.
» Comment avez vous connu le forum ? : Johan battait des cils. «

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MessageLun 23 Avr - 16:13
» Bienvenue sur le forum !
Gros désolé du retard ! Surtout vu la qualité de la fiche. De l'excellence, rien de plus. ♥️

Longueur : 400 / 400
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Style : 600 / 700
Originalité : 450 / 600
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